Annulation du 'Dakar' : c'est 'être respectueux des vies', mais quelle vie ?

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Ainsi donc, au détour d'une dépêche de l'Agence France Presse (AFP) datée du 5 janvier 2007, nous apprenons - à notre très grande surprise - que pour les organisateurs du rallye " Dakar " et leurs sponsors, "la vie des gens", ça compte!
Cité dans la dépêche en question, Christophe Margerie, présenté comme le directeur général de la firme pétrolière Total affirme: "Ce n'est pas céder au terrorisme. C'est être respectueux de la vie des gens dont on est responsable".
Le patron de la compagnie pétrolière partenaire de la folle aventure à travers le désert du Sahara et le Sahel réagissait ainsi à la décision d'annuler le rallye prise la veille même de son départ, officiellement pour des raisons de sécurité liées à des menaces terroristes prêtées aux membres du réseau Al-Qaeda.
Et pourtant, de ce côté-ci de la planète, en Afrique ou du côté des "damnés de la terre", comme aurait dit Frantz Fanon, nous avions fini par désespérer et croire que la "vie des gens" n'était faite que pour être écrasée par la cohorte de gros camions et de gros bolides des participants.
Et "la vie" des heureux vainqueurs ainsi que celle du rallye de continuer de s'arroser au champagne à l'arrivée sur les bords du Lac Rose !
Le Lac Rose - pour les non initiés - c'est cette petite destination touristique à la sortie de Dakar qui chaque année au mois de janvier est en partie transformée en quasi domaine privé pendant 24 ou 48 heures afin "d'accueillir" les participants, au grand dam des résidents.
Si annuler le " Dakar ", c'est être " respectueux de la vie des gens ", il faudra alors nous dire pourquoi on n'a jamais songé à l'annuler depuis des décennies que dure la tuerie sur les pistes africaines?
Car le Rallye-Dakar compte déjà à son passif des dizaines de morts dont près d'une vingtaine d'innocents citoyens africains, qui le plus souvent n'avaient rien à voir ni à gagner dans cette course, où seul le faramineux des chiffres se le dispute à l'arrogance des organisateurs et des participants.
Essentiellement faite pour le plaisir d'une catégorie de gens aisés et sans souci et au service d'intérêts commerciaux, le Rallye-Dakar n'a jamais pris en compte les appels répétés des défenseurs des droits de l'homme, des défenseurs de l'environnement et autres diverses associations qui se sont toujours opposés -pacifiquement - à la manifestation.
Les organisateurs et participants ont souvent fermé les yeux sur les dérives d'une manifestation ostentatoire à souhait, qui exhibe et gaspille des richesses énormes sur un continent touché par la faim et le sous développement et qui a bien d'autres priorités. En trente ans d'existence, combien d'éditoriaux ont été écrits d'Alger à Dakar sur le sujet sans qu'aucun chef d'Etat africain ne réagisse ? Combien d'associations de Bamako à Ouagadougou ont dénoncé le caractère indécent et inacceptable de cette course sans qu'aucune décision ne soit prise ? Et combien d'innocentes victimes ont péri sur le sol africain sans que rien ne soit fait et sans qu'on n'ait jamais songé à annuler la course ?

Il est vrai que face aux enjeux financiers énormes et aux grandes retombées médiatico-publicitaires, les organisateurs ont toujours su habilement user de la puissante machine à influencer que leur confèrent ces deux outils : l'argent et les médias.
Ils ont toujours su trouver de bonnes raisons de fermer les yeux- et de faire fermer les yeux- sur "la vie des gens" afin de continuer leur course, sans coup férir.
De même on a fait la sourde oreille lorsque les écologistes ont protesté contre les dommages collatéraux d'une course qui entraîne pollution et dégradation de l'environnement le long de son parcours...
Et les dirigeants africains, à commencer par celles du Sénégal, se sont toujours laissés amadouer par l'appât d'hypothétiques rentrées de devises et d'illusoires retombées touristiques.
Mais ceux qui sont réellement informés savent que les " retombées touristiques " en question ne représentent que des miettes comparées aux millions d'euros collectés par les organisateurs.
Et de toutes façons, il n'est qu'indécent de fermer les yeux sur des pertes en vies humaines au nom de retombées touristiques, aussi importantes soient-elles. Bref, cela fait une longue liste de raisons qui militent depuis trois décennies contre cette folle aventure, dont les vies innocentes fauchées parfois à la fleur de l'âge par les bolides!
Il est alors triste aujourd'hui, oui très triste, de se rendre à l'évidence : Al-Qaeda a réussi là où nous autres éditorialistes, aux côtés des militants des droits de l'homme, des écologistes et d'autres acteurs de la société civile, etc., avons prêché pacifiquement pendant trois décennies… en vain !

H. Tidiane SY, journaliste indépendant est aussi le fondateur d'Ouestafnews Dimanche 06 Janvier 2008 (Ouestaf News)



jeudi 17 janvier 2008

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Commentaires

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Par Gildasle 14/12/2009
C'est vrai, le Dakar avait des points faibles dont celui d'avoir une mesure de la sécurité très relative. Mais, à qui la faute ? Une compétition traverse nos pays. A défaut de nous battre sur les euros de la compétition, nous aurions pu nous battre pour définir des critères minima de sécurité pour nos populations. La sécurité des africains est d'abord de la responsabilité des africains. Cela dit, profiter de cette faiblesse du Dakar pour faire l'apologie d'AL Quaeda, c'est aller un peu fort, tout de même. A la limite, c'est un lien indécent. Celui qui provoque la mort par notre négligence n'est pas comparable à celui qui donne la mort par vocation terroriste. Al Quaeda mène une guerre de civilisation qui trouve sa racine profonde dans le racisme. Ils ont empêché le Paris Dakar contre tous, africains y compris. Le noir n'a aucune valeur pour Al Quaeda. Que le Dakar nous tue ou pas est donc le dernier de ses soucis. Pour finir, un rappel: l'Afrique, si elle veut s'en sortir ne doit se se tromper ni de combat ni d'adversaire.

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