GEOPOLITIQUE
LE PANFRICANISME : MYTHE OU REALITE ?

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Les Etats africains à la Recherche d’une Entité Politique Continentale après les Indépendances
Après le combat mené en Europe par la Diaspora en vue de susciter une conscience Panafricaine , les leaders africains ont effectivement pris le relais sur leur continent . En vue de concrétiser cette belle idée qui trotte dans plusieurs esprits .

D’ailleurs, en 1958 le 28 Septembre , lors du Référendum organisé par le Général De Gaulle pour inviter les dirigeants africains à choisir entre rester au sein de la Communauté française ou partir en votant Non , certains s’en iront . Ce fut cas de la Guinée française dont le Président Ahmed SEKOU TOURE votera Non ainsi que son ami le Nigérien Djibo BAKARY leader du Sawaba également . Mais, contrairement à son collègue SEKOU TOURE , ce fut le Oui qui l’emportera au Niger Mais, on pensait que c’était le non qui l’avait emporté , cependant compte tenu du contexte c’est le oui soutenu par le RDA qui avait été enregistré comme la partie ayant gagné cette consultation électorale . La force contre le droit pouvant-on dire . Dans plusieurs pays, on notait tout de même une certaine tension et cette fièvre de s’Unir et d’être également indépendant vis vis de l’Administration coloniale . Si bien que le Président Américain de l’époque , Richard NIXON, celui que le scandale du Watergate emportera hélas, revenant d’un voyage en Afrique en 1957 , dira ceci « Ce continent est la partie du monde qui actuellement se transforme le plus vite , tandis que ses habitants se libèrent du statut colonial et endossent les responsabilités de l’indépendance , pouvant bien constituer le facteur décisif de la liberté et du communisme international . » Un témoignage qui prouvait que les choses bougeaient en Afrique et que, dans un délai assez proche , les pays africains allaient prendre leur destin en mains .

L’UNION : GHANA - GUINEE - MALI 1958
Ces trois pays dont les dirigeants avaient une vison politique commune , pensaient déjà à une Union régionale qui pourrait favoriser ensuite le regroupement des Etats africains . Ce qui pourrait conduire facilement à un rapprochement des pays du continent vers un Panafricanisme idéal logique et naturel . Ces pays frontaliers comptaient mettre ensemble leurs ressources , leurs économies et enfin leurs potentialités humaines pour faire profiter leurs populations . Une très bonne initiative qui pouvait servir d’exemple et de point de départ vers la mise en place de l’Union Africaine . Cependant c’est sans compter avec la puissance des forces du mal qui guettaient le moindre geste ou pas vers l’entente de nos leaders, pour dégainer et mettre fin à cette si responsable action panafricaniste . C’est ainsi que 2 ans seulement après la création de cette institution le 23 Septembre 1958, elle éclatera en 1960 laissant un vide et un goût amer aux peuples de ces pays qui en ont été victimes . Et pourtant voilà un pas décisif vers notre Unité Africaine qui vient de prendre ainsi du plomb dans l’aile donnant raison aux détracteurs de tous bords . Les fossoyeurs qui avaient mis les problèmes linguistiques en avant entre les 3 pays, étaient de très mauvaise fois . Cependant, il a été constaté un problème de leadership qui avait sans doute créé un désaccord entre les fondateurs de cette Union . Dommage pour ces pays .
LA FEDERATION DU MALI
A peine l’ expérience douloureuse GHANA - GUINEE - MALI , consommée que le Président SENGHOR du Sénégal en accord avec son Premier Ministre Mamadou DIA, se retournera encore en 1960 vers le Mali encore Soudan pour créer la Fédération du MALI certainement en souvenir du temps du grand Empire Manding . Cette Fédération qui venait de voir le jour suscitera bien des espoirs au niveau du continent africain . Mais, comme la précédente, va disparaître seulement 2 mois après sa naissance laissant encore pantois les peuples et les observateurs avec des interrogations sur la capacité réelle des africains à vouloir et pouvoir s’entendre . C’est dans la nuit du 19 au 20 Août 196 que fut consommée la rupture , les uns et les autres s’étant accusés d’avoir fomenté un complot , un coup d’Etat pour renverser les autorités en place . Ainsi prit fin la Fédération du Mali , une expérience qui devrait servir de tremplin aux fondations de l’Unité continentale .Pour mémoire le train qui reliait le Mali au Sénégal pour desservir les populations des deux pays, fut bloqué à la frontière Des graves déclarations furent prononcées par les deux dirigeants des deux pays Au Sénégal le premier Ministre Mamadou DIA fut mis aux arrêts d’ailleurs par le Président SENGHOR . Ainsi fut brisé le rêve de ceux qui fondaient tous leurs espoir dans l’édification d’une Afrique unie et solidaire . Beaucoup d’africains voyaient dans la mise en place de ces entités l’espoir et le chemin vers les Etats Unis d’Afrique . Une véritable chaine de solidarité Et voilà qu’une Fédération n’a pu résister aux pressions et aux intérêts partisans des uns et des autres . Ce fut un cas qui avait porté un coup sévère à l’entente entre des peuples voisins qui ne demandaient qu’à vivre en paix pour partager leurs biens communs. Nous constatons que beaucoup de chemins et des initiatives diverses ont été empruntés et suivis par nos dirigeants africains , avant de parvenir à la mise en place de l’OUA en 1963 .
Nos pays avant les indépendances et après connaitront beaucoup de changement de forme et de fond , parfois dans la douleur . En effet, la consolidation de l’Unité Africaine ne passe que par la recherche d’un équilibre politique dans un premier temps par des regroupements régionaux , véritable passerelle qui conduira à l’objectif tant recherché . Et en second, la bonne gestion . Cependant, cet équilibre politique suppose surtout un espace économique dans lequel les hommes et leurs biens , disons les richesses, doivent être bien gérés et protégés . En effet , les Etats ne doivent pas être isolés dans un continent où l’on a justement besoin du concours des uns et des autres pour faire face aux innombrables difficultés . II est vrai que l’Union fait la force. Ces expériences malheureuses de tentatives d’Unions avortées , ont parfois découragé et même déçu certains africains .Mais, certains hommes comme l’ancien Président Malien Modibo KEITA avait durant toute sa vie œuvré pour l’Unité et l’Indépendance des Etats africains . Cheick Omar DJIMAT, un autre panafricaniste a écrit ceci à propos de la division des africains « Tant que le venin de la balkanisation continuera à imprégné son organisme , l’Afrique sera semblable à une vieille impotente résignée parce quelle est incapable d’actions grandioses . Tant que l’Afrique restera morcelée en une multitude d’Etats non viables , les allogènes de tous acabits se gausseront de mille manières de son indépendance . » On peut d’ailleurs noter qu’ en Afrique de l’Ouest SENGHOR et HOUPHOUET s’étaient souvent opposés sur des sujets d’intérêt communs à cause de leurs visions différentes des questions politiques pour des raisons de leaderships . II en a été de même entre toujours Modibo KEITA et SENGHOR . Ce qui a conduit à toutes ces ruptures brutales de ces Unions hélas mort nées . C’est un conflit de pouvoir qui emportera toutes ces belles actions et qui retarderont notre Unité Continentale qui souffre toujours d’une solide structure . Et pourtant , d’aucuns avaient salué ces regroupements sous -régionaux et régionaux comme étant un acte de courage et de bon sens qui allait motiver, entrainer et susciter d’autres pays africains à leur emboiter le pas D’autres mésententes entraineront et détruiront les liens qui unissaient nos pays, entrainant encore d’autres problèmes Nous le verrons au cours des nos contributions futures .

QUELLE LECON DOIT - ON TIRER DE CES ECHECS?
On peut dire que qu’une fois encore que l’Unité a été sacrifiée sur l’autel des intérêts partisans et particuliers et des ambitions personnelles . Dans un passage de ma thèse de Doctorat en Sciences Politiques , j’ai écrit ceci « Avant toute tentative au niveau continental , il faudrait d’abord réaliser l’unité nationale , passerelle inévitable et incontournable avant tout accord à l’échelle supérieures c’est à dire au niveau continental . II faut surtout et cela quelque soit la noble des objectifs , que les populations soient impliquées, associées, à tous les niveaux .Rien ne devrait être entrepris sans elles et elles doivent être au cœur des prises des décisions et de l’éxécution des projets dont elles doivent être porteuses . »

LE CONSEIL DE L’ENTENTE : UN BEL EXEMPLE DE COOPERATION SOUS REGIONALE
Nous pensons que s’il y a eu des échecs de regroupements, il est à souligner à contrario l’exemple du Conseil de l’Entente créé en 1959 un an avant les indépendances par la Côte d’Ivoire, la Haute Volta ( actuel Burkina Faso,) le Dahomey ( actuel Bénin) et le Niger est à saluer Ces membres furent rejoints par le Togo le 4 Avril 1959 pour former une chaine de solidarité dont le siège et la Présidence sont tournants . Cette organisation dont les pères fondateurs étaient les Présidents HOUPHOUET de la Côte d’Ivoire, Hubert Maga du Dahomey, Sylvanus OLYMPIO du Togo et Hamani DIORI du Niger, a su résister à l’épreuve du temps et à toutes les diverses dérives politiques . Des dérives et autres épreuves qui ont secoué ces pays membres n’ont eu aucune incidence ni préjudice ni atteinte la cohésion de cette Institution qui a fêté ses 58 ans Elle n’a pas fini de souffler ses bougies . En tout cas, c’est un succès et un mérite qu’il faut aussi mettre à l’actif et à la témérité des divers dirigeants qui se sont succédé et des peuples de ces Etats membres . Le Président HOUPHOUET de la Côte d’Ivoire racontait un jour cette anecdote au cours d’un des Sommets des Chefs d’Etats de l’OUA « Lorsque nous avons décidé de la création de l’OUA , arrivés Addis Abéba en Ethiopie , nous n’avions aucun texte pour mettre les statuts et le règlement Intérieur en place . Nous nous sommes regardés entre nous Chefs d’Etats et c’est ensuite que j’ai appelé mon Ministre des Affaires Etrangères , en lui disant est ce que vous avez les textes statutaires qui ont créé le Conseil de l’Entente ? II m’a dit oui . Alors je lui ai répondu tant mieux et heureusement pour nous . C’est ainsi que l’OUA fut mise en place à l’image des textes de notre Conseil de l’Entente » A conserver pour mémoire cette histoire qu’a racontée notre ainé le Président HOUPHOUET Des aînés qui étaient prévoyants et qui nous ont légué un outil de travail comme le Conseil de l’Entente où d’ailleurs j’ai eu l’honneur de séjourner dans la prestigieuse Villa Côte d’Ivoire lorsque le Président Mamadou TANDJA m’avait aussi fait l’honneur de me faire venir à ses côtés comme Conseiller J’y ai effectué quelques jours étant venu de l’étranger avant de regagner la ville . Ce complexe sert de lieu de séjours aux hôtes de marque de passage dans chacune des capitales dotée des mêmes structures d’accueil. Le Conseil de l’Entente continue de couler ses vieux jours et de résister aux sirènes de malheurs et de la division qui ont gangrené d’autres organisations et structures. Le Conseil de l’Entente a su pérenniser son existence du fait que les Chefs d’Etats membres , se concertent et se consultent puis entretiennent des relations cordiales , du moins suivies . Le Conseil de l’Entente existe toujours parce que le bon sens l’a emporté sur la passion , lorsque nous avons en souvenir l’Union Africaine et Malgache UAM qui a aussi malheureusement connu une fin éphémère . Nous gardons également en mémoire le douloureux problème et différent qui avaient opposé le Niger et le Dahomey en 1963 à propos de l’Ile de l’été. Ce qui avait failli entrainer deux pays frères, amis et voisins dans un affrontement inutile . Nous conduire à une guerre absurde entre deux peuples condamnés à vivre ensemble et à tout partager . II eut fallu la sagesse du Président TANDJA Mamadou et du Président du Bénin Dr Yayi BONI pour régler en 2OO5 définitivement devant la Cour Internationale de Justice de la Hayes , un litige latent qui dura 70 ans . Rendons hommage aux deux Chefs d’Etats qui avaient une vision plus large et plus panafricaniste . Nous sommes toujours animés et habités par l’esprit d’Unité et de l’Union Mais, nous devons y travailler sérieusement pour le renforcer davantage en mettant de côté nos petits problèmes en regardant plus loin et en voyant plus grand . Nous traiterons la prochaine fois la suite . Bonne lecture .

Dr Abdoulaye HASSANE DIALLO , Politologue, Journaliste , Ecrivain

dimanche 23 juillet 2017

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