Un Etat bien décevant !

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C’est un fait, les pouvoirs publics n’offrent plus le même visage de rigueur, de sérieux, de probité, qui avait marqué le régime du Général Seïni Kountché, mort après 13 an-nées de gestion digne. Le nigérien était fier de sa nationa-lité. Aujourd’hui, du fait d’une certaine démocratisation, induisant une multiplication des cercles de pouvoir et de décision et aussi par l’irruption dans le paysage économi-que d’un libéralisme débridé, cette image a volé en éclat. Partout, on assiste à l’immixtion d’entrepreneurs « nouveaux visages », à la création d’entreprise juste pour obtenir un bon de commande ou arracher une étude (de mar-ché, d’audit), à la disparition de la pudeur qui conduit responsables et décideurs à imposer, à visage découvert, le niveau de leur commission. Même les organismes internationaux présents au Niger ne sont pas épargnés, le cas de la Banque mondiale récemment cité par un confrère. Ainsi, la course à l’enrichissement illicite est devenue un sport national. Un simple cadre de l‘Administration, hier joignant difficilement les deux bouts, aujourd’hui parce que désigné directeur financier d’une entreprise ou d’un projet devient membre de la crème de la capitale en quelques mois, comme part un tour de magie.
Que dire quand le promu est Directeur général, Coordonnateur ou Ministre ? Les villas poussent comme des champignons dans notre capitale, avec de l’argent sale.

Les véhicules de l’Etat ainsi que les conducteurs sont quotidiennement mis à la disposition de parents et autres relations charnelles pour des courses grevant le budget national.
Pire, une pension d’Etat à vie est envisagée au seul profit du Premier ministre parce qu’il aurait tant donné au Niger. En quoi faisant ? N’y a-t-il pas plus méritants qui ont tant donné à l’Etat et qui restent dignent dans la pauvreté? Diantre, ils existent ! Ce sont ceux-là qui ont hissé haut le drapeau nigérien au plan international et qui mé-ritent des pensions à vie. Souvenez-vous du boxeur Issaka Daboré, le seul nigérien de toute l’histoire de ce pauvre pays qui a obtenu une médaille Olympique, à Séoul, au nom de la patrie. Jusqu’à un passé récent, il n’était que simple gardien à la SNTN d’Arlit.
Dans l’univers du 7ème art, souvenez-vous de l’actrice Zalika Souley très connue des cinéphiles outre continent. A un moment, le régime du Conseil Militaire Suprême l’avait contraint à abandonner son bébé de deux semaines pour participer à un festival à Moscou, au nom de la patrie. Cette dernière a, dans le dernier film documentaire de Rahamatou Keita, révélé que l’Etat l’a mal récompensé. D’ailleurs, lors de la première projection de ce film au CCFN de Niamey (le mois dernier), pas l’ombre d’une autorité. Pourtant, la céré-monie était placée sous le haut patronage du Premier ministre.
Lasse de chercher du boulot dans le pays où elle a tant donné, Zalika est aujourd’hui femme de ménage à l’étran-ger.
S’agissant du père du cinéma nigérien Oumarou Ganda, Boubacar Souna alias Kelly nous apprend que celui-ci est mort dans la misère. Son nom a été attribué, après sa mort, au complexe culturel devenu CCOG (centre culturel Oumarou Ganda ) et rien de plus.

Bien d’autres acteurs du théâtre populaire nigérien sont aussi aujourd’hui des oubliés de l’Etat : le Louis de Funès nigérien Yazi Dogo dit Tchiwaké et Chef Koutoukouli. Ces comédiens ne pouvaient même pas assister aux funérailles car, l’assistance éclaterait de rire rien quand sentant leur présence. Ces grands comédiens qui ont tant donné aux millions de nigériens pendant plus de deux décennies se déplacent dans les rues de la capitale sans moyens avec, sur l’épaule, le poids de l’âge observant les politiciens offrir des voitures rutilantes et des enveloppes aux griots. Comme ces artistes, les journalistes aussi sont devenus des laissés pour compte. Lestenau Ibrahim attend depuis deux années son évacuation sanitaire. Cet ancien présentateur vedette de la télévision nationale qui a été presque de tous les déplacements des Présidents Kontché et Ali Saïbou et qui a aussi donné une forte image au CMS dont se récla-ment TANJA et son Premier ministre, cet homme, dis-je est malade et reste sans fonction précise.
Au plan scolaire, depuis près de 15 ans l’école n'existe que de nom. Idem du côté de l’Administration nigérienne où le chef du Gouvernement lui-même disait, le 8 janvier dernier, qu'à partir de 10 heures du matin les fonctionnaires ne travaillent pas. Ajoutons à ce facteur, les menaces régu-lières de grève dans tous les secteurs, le manque de couverture sanitaire et la place peu enviable d'avant dernier qu'occupe le Niger depuis des années au niveau du développe-ment humain.
Excellant dans nombre de compromissions, les princes qui gouvernent au Niger pensent être les derniers héros. Un salaire payé est acompagnagné d'une publicité à outrance; deux ou trois mobylettes receptionnées est sujet de grands débats; un prêt obtenu au nom des contribuables, est signe de prouesse. Pourtant, y a aucune fierté d'avoir la main toujours tendue vers l'étranger. L'on a l'impression que le principal objectif de tous ceux qui aspirent à gérer ce Niger est de faire des nigériens des éternels assistés.
La tentation est grande pour le pouvoir exécutif de s'aliéner la justice et de créer ce que d'aucuns appellent une justice aux ordres ou une justice à la solde. C'était ce que disait le Président de la Cour Suprême lors de la cérémonie de pré-sentation des voeux du nouvel an au père de la Nation Nigé-rienne. Pas besoin d'un dessin pour dire que le Gouvernement veut s'accaparer de tout. La preuve nous a encore été donnée, il y a seulement quelques jours. Le Haut conseil des nigériens à l'extérieur a été installé avec à sa tête un président absent des lieux des travaux, ce qui du coup, a entrainé les blocage du processus. L'affaire Maman Abou en est une autre. Libéré la semaine dernière après deux mois de détention, Abou a été accusé à tort par l'Etat. Des militaires sont toujours écroués sans savoir pourquoi ? Que dire des richesses fauniques. « Avec la mort de Kountché, les animaux sauvages du musée national sont devenus orphelins et affamés», nous confiait un employé de ce lieu jadis une référence Africaine. Sans être exhaustif, c'est dans un tel contexte que la démocratie nigérienne avancera vers des échéances alors que bien d'électeurs ne pas recensés d'où des doutes sérieux sur les chiffres avancés dans certaines zones recensées. Pourtant, il est inéluctable que les efforts de développement de ce Niger dépendent pour beaucoup du respect de ces règles.

vendredi 16 janvier 2004

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